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Des personnalités internationales se réunissent à Berlin pour discuter des manifestations en Iran et du plan en dix points du CNRI

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À l’occasion de l’anniversaire de la révolution iranienne de 1979, une vision radicalement différente de l’avenir du pays a été présentée à Berlin. Des décideurs politiques, d’anciens hauts responsables américains et européens, des diplomates, des juristes et des défenseurs des droits humains se sont réunis le 8 février, dans un contexte marqué par le soulèvement populaire qui a secoué l’Iran entre fin décembre 2025 et janvier 2026. Ce soulèvement, qui a touché les 31 provinces, a été réprimé avec une violence extrême et aurait fait des milliers de victimes.

La réunion était centrée sur une question essentielle : quel avenir nous attend ?

Au cœur de la conférence se trouvait Mme Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI). Son discours a donné le ton à une journée où les intervenants sont revenus à maintes reprises sur les thèmes de la résistance organisée, de l’échec des politiques d’apaisement occidentales et de l’existence d’une alternative structurée au pouvoir clérical iranien, telle qu’elle est exposée dans le Plan en dix points du CNRI.

« La fin du commencement »

Mme Radjavi a présenté le soulèvement de janvier comme un tournant politique décisif plutôt que comme un épisode passager de troubles. Elle l’a décrit comme la « fin du commencement » pour le système clérical au pouvoir, arguant que les événements récents avaient apporté des réponses à trois questions essentielles : le changement en Iran est-il inévitable ? Comment peut-il être réalisé ? Et comment la stabilité peut-elle être maintenue par la suite ?

Elle a souligné que le soulèvement n’était ni spontané ni sans leader. Dès ses premières heures, a-t-elle noté, les manifestants ont adressé leurs slogans au Guide suprême Ali Khamenei et ont ouvertement appelé au renversement du système. Selon Radjavi, les manifestations se distinguaient des vagues de protestation précédentes par deux aspects importants : leur niveau d’organisation et le rôle actif joué par les jeunes rebelles qui ont affronté le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), allant jusqu’à le désarmer dans certains cas.

Radjavi a décrit la réponse de l’État en termes crus : fusillades contre des civils non armés, exécutions de blessés et prises d’assaut d’hôpitaux. De tels actes, a-t-elle affirmé, reflétaient un système qui a « perdu la capacité de gouverner » et qui dépend désormais de la répression de masse pour survivre.

Rejetant à la fois les discours réformistes et les alternatives monarchistes, Radjavi a mis en garde contre ce qu’elle a qualifié de « fausses alternatives » qui ramèneraient l’Iran à un régime autocratique. Elle a critiqué les tentatives de promouvoir le fils du Shah déchu comme solution politique, déclarant qu’un retour à un gouvernement dynastique ne ferait que reconstruire une autre forme de dictature.

Elle a plutôt présenté le Plan en dix points du CNRI comme une feuille de route pour une période de transition. Le plan prévoit la mise en place d’un gouvernement provisoire après la chute du régime, chargé d’organiser des élections pour une Assemblée constituante dans un délai de six mois. Radjavi a conclu son intervention par des appels précis à la communauté internationale : la reconnaissance de la lutte de la jeunesse rebelle, l’activation du mécanisme de déclenchement des sanctions de l’ONU et la mise en cause de la responsabilité juridique des dirigeants du régime.

Un régime « de fait s’effondrer » ?

L’ambassadeur Joachim Rücker, ancien président du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, a dressé un constat sans détour de la situation internationale de Téhéran. Il a déclaré qu’il existe désormais un « large consensus, quasi unanime, au sein de la communauté internationale : le régime est de fait s’effondrer ».

Rücker a cité les troubles internes et l’affaiblissement des alliés régionaux de l’Iran comme autant d’indicateurs de ce déclin. Sur le plan intérieur, il a décrit une direction qui ne se maintient au pouvoir que par une « violence insoutenable ». Sur le plan international, il a appelé à conditionner les relations avec Téhéran à des critères concrets en matière de droits humains, notamment l’abolition de la peine de mort et la libération des prisonniers politiques.

Il a salué le Plan en dix points du CNRI, le qualifiant d’« excellente plateforme » pour la transition, et ajoutant qu’il n’en connaissait « aucune de meilleure sur le marché ». Parallèlement, Rücker a souligné que le changement de régime devait venir de l’intérieur de l’Iran et non d’une intervention militaire extérieure.

Charles Michel, ancien président du Conseil européen, a partagé ce sentiment d’échec de la politique européenne envers l’Iran. Il a décrit le régime comme « plus faible que jamais », pointant du doigt une mauvaise gestion économique et des revers régionaux. Michel a établi des parallèles entre Téhéran et Moscou, arguant que les deux régimes s’appuient sur la répression interne, la déstabilisation régionale et l’intimidation internationale.

Revenant sur l’accord nucléaire de 2015, Michel a conclu que l’apaisement n’avait permis aucune amélioration en matière de droits humains ni de stabilité régionale. Le silence, a-t-il affirmé, s’est avéré inefficace et la neutralité n’est plus tenable. Il a qualifié le Plan en dix points du CNRI de « meilleure solution » pour passer de la tyrannie à la démocratie, insistant notamment sur ses engagements en faveur de la gouvernance laïque et de l’égalité des sexes.

Parallèles historiques et avertissements stratégiques

L’ambassadeur Robert Joseph, ancien sous-secrétaire d’État américain au contrôle des armements, a décrit la situation actuelle comme « la fin de la fin » pour la dictature religieuse. Il a souligné la participation de la classe marchande iranienne et des commerçants des bazars aux manifestations de janvier, y voyant un tournant historique. « Perdre le bazar, c’est perdre son pouvoir », a-t-il affirmé.

M. Joseph a écarté toute perspective de réforme au sein du système actuel, déclarant que la répression est inscrite dans son « ADN ». Il a également rejeté la restauration de la monarchie, affirmant que l’avenir de l’Iran ne devait pas se définir par un retour au pouvoir dynastique. Il a plaidé pour un renforcement des sanctions économiques, la fermeture des ambassades du régime en Europe et un isolement financier total.

L’ambassadeur Lincoln Bloomfield, ancien secrétaire d’État adjoint américain, s’est concentré sur ce qu’il a qualifié de « guerre de l’information » menée par Téhéran. Il a soutenu que les gouvernements occidentaux avaient parfois minimisé les violations des droits de l’homme commises par le régime afin de préserver les négociations nucléaires, allant jusqu’à passer sous silence le massacre de prisonniers politiques en 1988.

Bloomfield a défendu l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) contre des accusations persistantes, attribuant nombre d’entre elles à la propagande du régime. Il a affirmé que le pouvoir clérical craint le CNRI et le MEK car ils présentent une alternative idéologique à la doctrine du Velayat-e Faqih. Il a également fait référence à l’article 312 du ministère iranien du Renseignement, décrivant sa mission comme étant de cibler les Iraniens exilés à l’étranger.

La question de la transition

Plusieurs intervenants ont abordé les mécanismes de la transition politique.

L’ambassadeur Andreas Reinicke, ancien ambassadeur d’Allemagne en Syrie et en Tunisie, a mis en garde contre les risques posés par la fragmentation des mouvements d’opposition, établissant des parallèles avec la situation en Syrie. Il a décrit le Plan en dix points comme un « signal et un symbole » essentiel de l’existence d’une alternative cohérente.

Joachim Bitterlich, ancien conseiller du chancelier Helmut Kohl, a reconnu les erreurs commises par l’Europe au cours des quatre dernières décennies. Il s’est inquiété du fait que la reprise des négociations puisse servir de manœuvre dilatoire aux ambitions nucléaires de Téhéran. Si l’Iran venait à acquérir l’arme nucléaire, a-t-il averti, il pourrait devenir « intouchable ».

Le Dr Rudolf Adam, ancien vice-président du Service fédéral de renseignement allemand, a cité des précédents historiques pour affirmer que les dictatures s’effondrent lorsque la loyauté interne s’érode. Il a rejeté à la fois la restauration dynastique et la démocratie imposée de l’extérieur, insistant sur l’importance cruciale de l’unité des forces d’opposition. Il a décrit le Plan en dix points comme le seul programme crédible pour échapper à ce qu’il a appelé le cycle de répression incarné à la fois par la SAVAK du Shah et les Gardiens de la révolution du régime clérical.

Günter Nooke, ancien commissaire allemand aux droits de l’homme, a formulé l’une des critiques les plus acerbes de la politique allemande passée. Il a déclaré que l’Allemagne « devrait présenter des excuses » concernant l’accord nucléaire. Nooke a proposé la création d’un « Observatoire international des droits de l’homme », sur le modèle du centre de documentation de l’Allemagne de l’Ouest pendant la guerre froide, afin de recenser systématiquement les crimes du régime et d’assurer une future responsabilisation.

Le professeur Christoph Degenhart, expert en droit constitutionnel, a abordé le rôle des médias et de la désinformation. Il a accusé Téhéran d’influencer le discours des médias allemands et a mis en avant les victoires juridiques obtenues en annulant la désignation de l’OMPI comme organisation terroriste. Il a appelé à une action plus proactive pour contrer les campagnes de désinformation.

Un moment de ralliement

Martin Patzelt, ancien membre du Bundestag allemand, a évoqué un récent rassemblement à Berlin qui a attiré une foule nombreuse malgré le froid glacial. Il l’a décrit comme un « changement de paradigme », citant l’unité visible entre Kurdes, Baloutches et autres groupes ethniques comme preuve d’une aspiration nationale commune.

M. Patzelt a présenté le soutien à la démocratie iranienne comme une mise à l’épreuve des valeurs occidentales. Parmi les mesures concrètes, a-t-il suggéré, figurent la coupure des sources de financement du régime et le refus de visas aux membres des Gardiens de la révolution.

Laisser parler les faits

Par-delà les clivages idéologiques et les origines nationales, les intervenants à Berlin ont converger sur plusieurs réalités observables : un soulèvement national qui a touché toutes les provinces ; une répression qui a fait de nombreuses victimes ; un pouvoir clérical confronté à une crise économique et à des revers régionaux ; et une opposition organisée présentant un cadre de transition détaillé.

Reste à savoir si ces développements marquent le début d’un changement systémique. Mais à Berlin, le message était clair : le débat ne porte plus sur l’existence d’alternatives. Il s’agit de déterminer quelle voie – la poursuite du dialogue avec les autorités actuelles ou le soutien à une transition démocratique structurée – façonnera l’avenir de l’Iran.

Des personnalités internationales se réunissent à Berlin pour discuter des manifestations en Iran et du plan en dix points du CNRIPour les participants réunis le 8 février, la réponse résidait dans la prise en compte de l’ampleur des troubles intérieurs et du programme politique organisé présenté par le CNRI. Les événements en Iran ont modifié le débat. La conférence de Berlin visait à définir la suite des événements.

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