Le soulèvement du 30 Tir, le 21 juillet 1952, demeure un moment charnière de l’histoire moderne de l’Iran. Ce jour funeste, des centaines de milliers d’Iraniens ont envahi les rues sous le slogan « La mort ou Mossadegh ». Face aux forces armées de la monarchie Pahlavi, ils ont défilé pour défendre le gouvernement constitutionnel, la souveraineté nationale et la démocratie.
Ce soulèvement populaire en faveur du Premier ministre Mohammad Mossadegh a démontré la détermination du peuple iranien à vaincre la dictature royale – un héritage qui continue d’alimenter son rejet de toute forme de régime autoritaire.
Les racines de la résistance : De la nationalisation du pétrole à la crise
Les racines de ce soulèvement plongent dans la longue lutte de l’Iran pour recouvrer le contrôle de ses ressources naturelles et son indépendance politique. Pendant des décennies, la richesse pétrolière de l’Iran a été soumise à des accords inégaux avec des puissances étrangères. Les concessions accordées en vertu de l’accord D’Arcy de 1901, puis renforcées sous le règne de Reza Shah, laissèrent les vastes ressources pétrolières iraniennes en grande partie sous contrôle étranger, tandis qu’une grande partie de la population vivait dans la pauvreté.
Le Premier ministre Mohammad Mossadegh s’imposa comme la figure de proue de la contestation de ce système. Grâce à son action au Parlement et à son rôle de chef de file du mouvement national, l’Iran nationalisa son industrie pétrolière en mars 1951, mettant fin au monopole des intérêts pétroliers étrangers et affirmant la souveraineté du pays. Cependant, son gouvernement subit rapidement d’immenses pressions de la part des puissances étrangères et de la cour royale, qui percevaient ses réformes comme une atteinte directe à l’autorité du Shah.
La crise éclata lorsque Mossadegh démissionna après que le Shah Mohammad Reza Pahlavi eut refusé sa demande de placer les forces armées sous autorité civile en lui permettant de nommer le ministre de la Guerre. Le Shah le remplaça par Ahmad Qavam, dont le gouvernement menaça de réprimer sévèrement toute opposition.
Le peuple se soulève contre le Shah
Au lieu d’intimider la population, les menaces de Qavam ont déclenché une résistance nationale. Le 21 juillet 1952 (30 Tir 1331), les commerces ont fermé leurs portes à Téhéran et dans d’autres villes. Ouvriers, commerçants, étudiants, chauffeurs et citoyens de tous horizons ont envahi les rues, leurs voix résonnant dans les villes :
- « La mort ou Mossadegh ! »
- « Mossadegh l’emportera ! »
- « Mort à Qavam ! »
La monarchie a réagi par la force militaire. Les soldats ont ouvert le feu sur des manifestants non armés, faisant des centaines de morts et de blessés. Malgré le bain de sang, le soulèvement a triomphé. Face à une résistance populaire massive, le Shah a été contraint de destituer Qavam et de rétablir Mossadegh comme Premier ministre.
Cette victoire a prouvé qu’une résistance populaire organisée pouvait contraindre même une dictature solidement ancrée à reculer. Mossadegh n’a jamais oublié le sacrifice de ceux qui ont perdu la vie lors du soulèvement. Il souhaitait être enterré aux côtés des victimes du 30 Tir et qualifia plus tard cette journée d’inoubliable, car des Iraniens de toutes les classes sociales s’étaient unis pour défendre l’indépendance nationale.
Leçons cruciales de l’histoire
Bien que le soulèvement ait remporté une victoire majeure, le coup d’État militaire d’août 1953 révéla par la suite les vulnérabilités d’un mouvement populaire dépourvu de structures organisationnelles suffisantes pour résister à une intervention coordonnée, tant intérieure qu’extérieure. Le renversement de Mossadegh souligna l’importance vitale d’une résistance politique organisée, capable de protéger les acquis démocratiques contre une restauration autoritaire.
Mossadegh lui-même reconnut ce défi quelques années plus tard. Évoquant les mouvements de libération ailleurs dans le monde, notamment la lutte pour l’indépendance de l’Algérie, il insista sur le fait que les nations en quête de liberté devaient être prêtes à consentir des sacrifices soutenus pour la conquête de la liberté et de la souveraineté.
Un rejet durable de la dictature
Les événements du 21 juillet recèlent une autre leçon historique importante : le soulèvement démontra que le peuple iranien rejetait la concentration du pouvoir entre les mains de la monarchie et exigeait un gouvernement responsable, fondé sur la volonté du peuple.
Cet héritage demeure d’une grande actualité. Alors que diverses personnalités politiques cherchent à raviver ou à réhabiliter l’image de l’ancienne monarchie – notamment Reza Pahlavi qui se présente comme une alternative au régime actuel –, les archives historiques dressent un tout autre tableau. Le peuple iranien qui a envahi les rues en juillet 1952 ne se battait pas pour préserver le pouvoir royal ; il risquait sa vie pour limiter l’autorité du Shah et défendre la démocratie. Le soulèvement du 21 juillet témoigne de l’incompatibilité, depuis longtemps, entre les aspirations démocratiques de l’Iran et la monarchie autoritaire.
La signification durable du 21 juillet
L’héritage du 21 juillet dépasse largement le cadre d’un simple événement historique. Il incarne l’attachement indéfectible du peuple iranien à la liberté, à l’indépendance nationale et à la démocratie représentative.
Cet héritage demeure d’une grande actualité. Alors que diverses personnalités politiques cherchent à raviver ou à réhabiliter l’image de l’ancienne monarchie — notamment à travers les efforts de Reza Pahlavi pour se présenter comme une alternative au régime actuel — la réalité historique raconte une tout autre histoire. Les citoyens qui ont envahi les rues d’Iran en juillet 1952 ne luttaient pas pour préserver le pouvoir royal ; ils risquaient leur vie pour limiter l’autorité du Shah et défendre une gouvernance démocratique. Le soulèvement du 21 juillet témoigne durablement de l’incompatibilité historique entre les aspirations démocratiques de l’Iran et la monarchie autoritaire.
La portée durable du 21 juillet
L’héritage du 21 juillet dépasse largement le cadre d’un simple événement historique. Il incarne l’attachement indéfectible du peuple iranien à la liberté, à l’indépendance nationale et à un gouvernement représentatif.
Au fil des décennies, les Iraniens ont maintes fois démontré que leur opposition ne visait pas seulement un régime particulier, mais la dictature sous toutes ses formes, qu’elle s’exerce au nom de la monarchie ou de la théocratie. Cette exigence constante a traversé les générations, de la Révolution constitutionnelle au Mouvement national, et de la lutte contre la dictature du Shah aux appels actuels en faveur d’une république démocratique fondée sur la souveraineté populaire, le pluralisme politique et le respect des droits fondamentaux.
En définitive, le soulèvement du 21 juillet demeure l’une des expressions les plus manifestes de la détermination du peuple iranien à façonner son propre destin. Son héritage ne se résume pas au rétablissement d’un Premier ministre, mais consacre un principe fondamental : aucun dirigeant ne
saurait se placer au-dessus de la volonté du peuple. Plus de soixante-dix ans plus tard, ce principe résonne toujours avec force. Les événements de juillet 1952 rappellent au monde que le peuple iranien a rejeté à maintes reprises le pouvoir autoritaire et continue d’aspirer à un avenir fondé sur la démocratie, l’État de droit et la souveraineté populaire, plutôt que sur le retour d’une quelconque forme de dictature, qu’elle soit monarchique ou religieuse.

