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Le pari risqué de l’alliance entre les États-Unis et les tribus

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Le Figaro, 14 septembre – Par Georges Malbrunot – La mort du chef de tribu sunnite Cheikh Abou Risha, hier, prive George W. Bush d’un puissant allié en Irak contre al-Qaida.

Membre d’une puissante tribu sunnite, Jalal al-Gaoud avait prévenu les militaires américains : « Si vous voulez en finir avec al-Qaida, donnez aux tribus les moyens d’éliminer les terroristes. Hélas, les Américains ont mis trois ans avant de nous écouter », regrette cet homme d’affaires, replié à Amman. Sous la menace conjuguée d’al-Qaida et de l’Iran, ce n’est qu’à partir de l’été 2006 que des officiers américains entrèrent en contact avec les responsables tribaux de Ramadi, où la mouvance terroriste faisait alors régner la terreur. « On n’avait plus le droit de se faire raser la barbe. Notre vie était devenue un calvaire », se souvient Cheikh Abdellatif Omaim, un chef de clan qui coopère avec les Américains pour stabiliser l’Irak. Après la formation au printemps du « Réveil des tribus », coalition de 25 clans de la province d’al-Anbar dirigée par Abou Risha (tué hier), al-Qaida a fini par être délogée de Ramadi et de Faloudja. Depuis, la coopération s’est étendue à Lattifiyah, au sud de Bagdad, autre ex-fief de la rébellion antiaméricaine. Un revirement spectaculaire auquel George Bush a rendu hommage lors d’un déplacement la semaine dernière.

Peu à peu, cette alliance a changé de nature. « Au début, explique al-Gaoud, le chef tribal, auquel l’officier américain réclamait 500 hommes, allait les recruter parmi sa maisonnée et non pas chez les insurgés qui voyaient d’un mauvais oeil le jeu louche des tribus. » Mais depuis qu’al-Qaida attaque des groupes armés islamo-nationalistes, les tribus sollicitées font appel à des rebelles prêts à en découdre. Gage d’efficacité, les insurgés sont plus puissants que les forces tribales traditionnelles. Une telle manoeuvre permet aux Américains d’ouvrir discrètement des canaux avec la guérilla. « Donner du pouvoir aux tribus revient à coopter les rebelles nationalistes, qui sont les vrais acteurs sur le terrain », reconnaît al-Gaoud, en contact avec les deux camps.

Dans la perspective d’élections provinciales, cruciales pour la répartition du pouvoir dans un Irak fédéral, ce lien pourrait permettre « un retrait organisé des forces étrangères, en facilitant l’établissement d’un calendrier d’évacuation des villes », anticipe al-Gaoud. Avec, en filigrane, l’intégration politique des insurgés en vue d’une réconciliation nationale, souhaitée par les Américains pour pouvoir quitter l’Irak dans des conditions satisfaisantes. D’ores et déjà, ce relais tribal conduit certains pans de l’insurrection à être plus pragmatiques. « Elle est sous pression pour renforcer ses positions nationalistes au détriment des principes islamistes », selon Jalal al-Gaoud.

« L’IRAN EST NOTRE ENNEMI »

Premiers résultats : après l’assassinat par al-Qaida de deux chefs de tribus dans la province de Diyala, « l’Armée de 1920 », composée d’anciens militaires de Saddam Hussein, vient de combattre aux côtés de la police et des Américains, face aux djihadistes. « Notre principal ennemi, aujourd’hui, ce n’est plus les Américains, mais l’Iran », affirme Mohammed al-Jazrawi, un ingénieur à l’abri lui aussi en Jordanie. « Dans un an ou deux, les soldats américains auront quitté l’Irak, les Iraniens, eux, seront toujours là », poursuit-il.

Cette alliance a ses limites, comme vient de le rappeler l’attentat d’hier contre son promoteur. La méfiance demeure entre les nouveaux partenaires. « C’est une tactique », sourit Cheikh Omaim. Toutes les tribus n’y adhèrent pas et, chez les groupes armés, pactiser avec l’ennemi ne fait pas l’unanimité. « Si nous approuvons cette alliance, nous ne cessons pas pour autant nos attaques contre les occupants », dit al-Jazrawi, de retour de Syrie, où il est allé négocier l’acquisition de missiles russes Olga.

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