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Prise de bec au Liban sur fond de « guerre froide » irano-saoudienne

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AFP: Par Mohamad Ali HARISSI –  Une violente guerre de mots a éclaté cette semaine au Liban entre le camp soutenu par l’Arabie saoudite et celui appuyé par l’Iran, faisant craindre dans ce pays déjà profondément divisé les contrecoups des tensions entre Téhéran et Ryad.

« Les Libanais ne sortiront pas indemnes de la guerre froide irano-saoudienne », écrivait samedi le quotidien Ad Diyar.

Dans la foulée du mouvement de contestation chiite à Bahreïn, un pays dirigé par des sunnites, Ryad a accusé l’Iran à majorité chiite d’inspirer ces troubles, tandis que la République islamique a condamné la répression des manifestations et l’envoi de forces saoudiennes dans l’archipel.

Au Liban, le ton s’est durci entre le camp du Premier ministre en exercice proche de Ryad Saad Hariri et celui du mouvement chiite Hezbollah, dont le principal soutien est l’Iran, les deux parties accusant le parrain politique de l’autre de semer la zizanie dans le pays et la région.

Dans un discours très direct, M. Hariri a affirmé jeudi lors d’un forum économique libano-saoudien à Beyrouth que « les pays arabes souffraient politiquement, économiquement et sur le plan de la sécurité des ingérences flagrantes de l’Iran », refusant que le Liban devienne un « protectorat iranien ».

« C’est la première fois que M. Hariri prend une position aussi dure vis-à-vis de l’Iran, en raison de la menace qui pèse actuellement et qui n’existait pas auparavant », indique à l’AFP Ghattas Khoury, conseiller du Premier ministre.

Si le Hezbollah a clairement affiché son soutien aux manifestants chiites à Bahreïn, provoquant l’ire de Manama, « les propos de Saad Hariri s’alignent sur le discours arabe hostile à l’Iran et même sur le discours américain », estime Amal Saad Ghorayeb, chercheur auprès du Doha Institute à Qatar.

Le camp Hariri s’est également lancé dans des diatribes contre le Hezbollah, mouvement armé le plus puissant au Liban, l’accusant de faire partie « des milices du président iranien devenus des mercenaires en vue de déstabiliser la situation ». Le parti est accusé d’imposer sa volonté sur le Liban grâce à son puissant arsenal.

Fait rare, l’Iran a répondu aux accusations de M. Hariri, reçu il y a juste cinq mois à Téhéran, les qualifiant d' »infondées » et estimant qu’elles ne faisaient que « servir l’axe américano-sioniste ».

De son côté, le Hezbollah, bête noire des Etats-Unis et Israël, a estimé que les déclarations de M. Hariri « allaient de pair avec les visées américaines qui tentent de semer la discorde entre les peuples de la région », refusant que le Liban devienne un « protectorat israélo-américain ».

Le chef du « parti de Dieu » Hassan Nasrallah doit prononcer un discours samedi soir où il devrait réagir aux propos de son rival politique.

« Cette guerre de mots est une preuve supplémentaire que la crise interne est intrinsèquement liée au bras de fer régional », affirme à l’AFP Fadia Kiwane, directrice du département de sciences politiques de l’Université Saint Joseph.

Le Liban sans gouvernement depuis la chute en janvier du cabinet de M. Hariri provoquée par le Hezbollah, « va s’embourber de plus en plus dans la crise », dit-elle.

« Je crains qu’avant que les parties ne parviennent à une trêve, il n’y ait des tensions sur le plan de la sécurité », ajoute l’experte.

Les tensions au Liban font toujours craindre des heurts à caractère confessionnel, notamment sunnites-chiites, comme lors des affrontements sanglants entre pro-Hariri et pro-Hezbollah en mai 2008.

« Nous ne sommes pas encore arrivés au paroxysme de la crise, nous n’en sommes encore qu’au début », estime Imad Salamé, professeur de sciences politiques à l’Université libano-américaine (LAU).

 

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